Et si l’accès aux start-up les plus prometteuses n’était plus réservé à qualques fonds et investisseurs privilégiés ? Depuis sa création en 2022, Blast Club entend bouleverser les codes de l’investissement privé en proposant à ses membres d’accéder, à partir de 500 euros par dossier, à des opportunités jusqu’ici hors de portée pour un investisseur particulier. Parmi elles, des start-up issues de Y Combinator, référence mondiale de l’écosystème technologique aux États-Unis. Anthony Bourbon, fondateur de Blast, et Christophe Ippolito (E.12), alumni et investisseur membre du club, apportent leurs regards sur cette nouvelle façon d’investir dans l’innovation.

Blast Club se présente comme une rupture par rapport au modèle traditionnel du capital-risque. Qu’est-ce qui change concrètement pour les investisseurs particuliers ?

Anthony Bourbon : Pendant longtemps, investir dans les meilleures start-up était réservé à une poignée d’institutionnels, de fonds ou de family offices capables de mettre des tickets d’un ou plusieurs millions d’euros. Même pour entrer comme investisseur dans un fonds, il fallait généralement pouvoir immobiliser 100 000 ou 200 000 euros, sans forcément avoir de visibilité sur les entreprises dans lesquelles cet argent serait investi. Notre travail consiste justement à débloquer cet accès et à sécuriser les investisseurs dans les conditions et les process. Investir seul dans une start-up est un métier très spécifique : il faut analyser l’entreprise, les actionnaires, le marché, les risques, les comptes… Ce n’est pas quelque chose que l’on peut improviser. Aujourd’hui, un particulier peut investir à mes côtés dans les mêmes conditions, à partir de 500 euros par dossier. Nous avons plus de 14 000 membres et avons déployé plus de 300 millions d’euros en trois ou quatre ans. Nous avons commencé sur l’early stage et nous proposons également désormais des opérations de pré-IPO, afin que chacun puisse construire son portefeuille en fonction de son niveau de risque.

Christophe Ippolito : Avant Blast Club, comme beaucoup d’investisseurs privés, j’avais accès aux marchés financiers, à quelques opérations de private equity et à des investissements directs dans des start-up, notamment lorsque j’avais une opportunité dans mon réseau. Mais l’accès à des dossiers internationaux de très haut niveau restait très limité. Même avec un réseau comme celui d’HEC, il était difficile, pour un investisseur individuel, d’accéder à certaines start-up. Et surtout, faire soi-même les due diligences nécessaires prend énormément de temps. Blast a complètement changé cette équation pour moi : cela me permet aujourd’hui d’investir dans des entreprises auxquelles je n’aurais potentiellement jamais pu accéder auparavant.

Blast se définit comme un « club d’investisseurs ». En quoi est-ce différent d’un fonds de capital-risque ou d’un réseau de business angels ?

Anthony Bourbon : Nous ne sommes pas un fonds d’investissement : nous ne gérons pas l’argent de nos membres. Nous leur proposons des dossiers dans lesquels j’investis moi-même systématiquement. C’est un principe d’alignement très important. Le fonctionnement est aussi différent de celui d’un réseau traditionnel de business angels. Nous avons une charte qui évite notamment que les membres sollicitent directement les entrepreneurs. L’objectif est de permettre à ces derniers de rester concentrés sur leur entreprise tout en bénéficiant de la puissance du collectif. Avec 14 000 membres, essentiellement des dirigeants et des profils expérimentés, cette communauté peut aussi apporter des clients, des recrutements, de l’expertise ou de la visibilité. Un entrepreneur peut, par exemple, présenter un nouveau produit sur notre Discord et demander aux membres de relayer son lancement. La force de frappe devient alors considérable.

Pour un investisseur européen, qu’est-ce que change concrètement l’accès à Y Combinator ?

Christophe Ippolito : Jusqu’ici, ce type d’opportunité était essentiellement concentré dans la Silicon Valley. Pour un investisseur européen, il fallait être sur place ou disposer d’un réseau d’investisseurs particulièrement aguerris. Aujourd’hui, grâce à Blast Club, la plateforme permet, en quelques clics, d’investir dans des start-up issues de Y Combinator. De mon côté, j’investis en moyenne entre 5 000 et 10 000 euros par entreprise et par batch. C’est un changement très concret : on passe d’une situation où l’on regarde ces entreprises de loin à une situation où l’on peut réellement participer à leur financement.

Anthony Bourbon : Y Combinator est extrêmement difficile d’accès. Moins de 1 % des dossiers qui leur sont présentés sont retenus, et leur historique est exceptionnel, avec des entreprises comme Airbnb, Stripe, Dropbox ou OpenAI. Mais l’enjeu, pour nous, ne consistait pas seulement à pouvoir investir au moment du Demo Day. Nous avons réussi à obtenir un accès en amont, dès le début des batches. Nous échangeons avec les entrepreneurs et pouvons leur proposer des financements avant même qu’ils commencent leur tour de table. Nous sommes capables d’investir très rapidement, sur des dizaines de dossiers, parce que nous avons énormément automatisé nos process. C’est un avantage décisif dans un environnement où la vitesse d’exécution compte énormément. Notre volume d’investissement nous a aussi permis de construire une relation particulière avec l’écosystème YC. Aujourd’hui, nous avons investi dans environ 300 start-up issues de Y Combinator.

Y Combinator réduit-il finalement l’écart entre les investisseurs européens et américains ?

Anthony Bourbon : Pour les investisseurs européens, oui. Ils peuvent participer aux nouvelles technologies américaines qui dominent aujourd’hui une grande partie de l’innovation mondiale. Un particulier peut investir 500 euros là où un investisseur institutionnel investira beaucoup plus, mais il peut accéder au même dossier, au même moment, et parfois dans de meilleures conditions grâce au volume que nous négocions. C’est d’ailleurs une évolution importante pour Blast. Au début, nous vendions beaucoup l’idée d’investir « aux côtés d’Anthony Bourbon ». Il y avait une dimension émotionnelle et communautaire. Aujourd’hui, ce n’est plus vraiment le sujet. Quand les membres viennent sur un dossier Y Combinator, ils viennent pour le produit et pour l’opportunité. On est passé de l’émotion au produit.

Christophe Ippolito : Pour moi, il y a une dimension d’apprentissage considérable. En observant les start-up sélectionnées par Y Combinator, on découvre des tendances technologiques émergentes autour de l’intelligence artificielle, des biotechnologies, de la cybersécurité, de la climate tech ou encore de la robotique. La technologie évolue tellement vite qu’il est difficile, même pour un dirigeant, de rester constamment à jour. Avoir accès à des entreprises qui travaillent déjà sur ces innovations permet de gagner du temps et d’être davantage au contact de ce qui est en train d’émerger.

Au-delà du rendement, qu’est-ce que cette communauté vous apporte ?

Christophe Ippolito : Le rendement est évidemment important, mais ce n’est pas ce qui me motive le plus. Je viens aussi chercher de l’information et une communauté. On est en contact avec les entrepreneurs qui ont créé les entreprises dans lesquelles on investit. On peut échanger avec eux, leur poser des questions, mais aussi partager des analyses et des opportunités avec les autres membres. Les investisseurs ont des profils très différents, viennent de secteurs différents et ne se seraient pas nécessairement rencontrés dans leur vie professionnelle quotidienne. Il peut aussi se créer des synergies très concrètes : des membres se rencontrent, découvrent qu’ils ont des intérêts communs et finissent par travailler ensemble. Il y a enfin quelque chose de très stimulant dans le fait d’être entouré d’entrepreneurs qui cherchent à résoudre des problèmes complexes et à construire le monde de demain. C’est ce qui me plaît particulièrement dans Blast : on passe d’un statut d’observateur de l’innovation à celui d’acteur de l’innovation. Pour moi, c’est une vraie différence.

Cette communauté a-t-elle aussi une dimension qui vous rappelle HEC ?

Christophe Ippolito : Oui, clairement. J’ai eu l’occasion de déjeuner avec Anthony et son associé, et j’ai retrouvé chez eux quelque chose qui me rappelle la communauté HEC : une forme de proximité et de simplicité dans les échanges. Ce qui m’a plu, c’est qu’ils restent accessibles. On peut échanger avec eux, partager une expérience ou une idée. J’ai retrouvé cette logique de communauté au sein de Blast, avec de vraies synergies entre les membres.

Qu’est-ce qui explique, selon vous, la sélection et les performances obtenues jusqu’ici ?

Anthony Bourbon : C’est d’abord notre métier. Nous avons plus de 20 personnes consacrées aux investissements. Nous suivons les grandes tendances du moment, de l’intelligence artificielle à la robotique, en passant par la biotech ou la défense. Notre autre avantage, c’est le réseau. Dans ce métier, si vous n’avez pas les bons contacts, vous ne pouvez pas accéder aux meilleurs dossiers. Et le volume crée lui-même de l’accès. Moi-même, si j’arrivais seul aux États-Unis avec un ticket de 100 000 euros, personne ne me parlerait. Quand vous avez déployé 300 millions d’euros, en revanche, les interlocuteurs vous écoutent.

Nous avons également la capacité de décider très vite. Nos analystes sont spécialisés par secteur et peuvent analyser un dossier, appeler leurs contacts et prendre une décision en deux ou trois jours. C’est cette combinaison entre expertise, réseau et vitesse d’exécution qui nous permet de sélectionner et d’accéder à certains dossiers.

Comment imaginez-vous l’investissement dans les start-up dans cinq ou dix ans ?

Anthony Bourbon : Je pense que l’investissement dans les start-up va devenir une commodité, comme les ETF, les obligations ou les actions aujourd’hui. Acheter une action est devenu extrêmement simple. Je pense que le private equity et l’investissement dans les startups vont suivre le même chemin : devenir une nouvelle brique du patrimoine, encadrée, pédagogique mais beaucoup plus ouverte.

Le sujet est d’autant plus important que les entreprises technologiques entrent de plus en plus tard en Bourse. Si l’on attend leur IPO pour investir, une partie considérable de la création de valeur est déjà passée. Il faut donc décaler la fenêtre d’investissement et entrer plus tôt sur le marché privé.

Christophe Ippolito : Je partage cette vision d’un investissement qui deviendra de plus en plus ouvert, international et technologique. L’intelligence artificielle va notamment accélérer l’analyse des dossiers et permettre de détecter plus rapidement certaines tendances. Les barrières géographiques devraient également continuer à diminuer. Un investisseur européen pourra de plus en plus facilement investir dans des start-up américaines, asiatiques ou africaines.

Si vous deviez résumer Blast en une seule idée à destination d’un étudiant ou d’un jeune alumni HEC, laquelle serait-ce ?

Anthony Bourbon : Investir dans l’innovation mondiale n’est plus un privilège réservé à quelques-uns : c’est devenu un choix. Ce qui manquait, c’était l’accès. Nous avons fait sauter ce verrou. L’objectif est de permettre à des investisseurs particuliers de participer au financement des sociétés technologiques de demain, avant leur introduction en Bourse, dans les mêmes conditions que les meilleurs investisseurs du monde, à partir de 500 euros par dossier.

Christophe Ippolito : Pour moi, Blast permet surtout de passer du statut d’observateur à celui d’acteur. Quand on travaille dans l’entrepreneuriat et la transformation, on voit le monde changer en permanence. Pouvoir investir directement dans les entreprises qui participent à cette transformation donne une autre place à l’investisseur : celle de quelqu’un qui ne se contente plus de regarder l’innovation arriver, mais qui contribue à la faire émerger.

Anthony Bourbon

Diplômé en droit privé, spécialité finance d’entreprise, à l’université de Bordeaux, il fonde Feed. en 2017, une marque française de foodtech. En 2020, il rejoint le jury de Qui veut être mon associé ? sur M6. Trois ans plus tard, il cofonde Blast Club avec Samuel Guez, avec l’ambition de démocratiser l’investissement dans les startups. Depuis juin 2026, il partage sa vision de l’entrepreneuriat dans le podcast Vraiment Riches.

Christophe Ippolito (E.12)

Fort de plus de 20 ans d’expérience dans la transformation des organisations, il a notamment exercé chez Essilor International et EY Consulting. Aujourd’hui président de NOVOLI Group et adjoint au maire de Nogent-sur-Marne, il accompagne les entreprises dans leurs stratégies d’innovation et d’adoption de l’intelligence artificielle. Investisseur chez Blast Club depuis 2024, il s’intéresse aux startups et aux technologies émergentes.

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