LA RÉPONSE DEPUIS LA… CHINE

Le coronavirus est tombé au moment du nouvel an chinois, au moment où 220 millions de personnes se déplaçaient. La plupart des lignes aériennes ont fermé leurs vols vers la Chine. Beaucoup d’expatriés sont donc coincés à l’étranger. Comme pour la crise du SRAS en 2003, les autorités doivent contrôler l’information pour ne pas affoler la population. Il est probable que la diffusion du virus ait déjà dépassé de beaucoup ce qui est annoncé, en revanche, le danger semble bien moindre que ce que les autorités et la population ont l’air de penser. Le niveau de paranoïa est en effet étonnant: les gens ne se laissent pas approcher, la plupart des boutiques ont fermé, de même que les écoles. Dans certains districts de Shanghai, il est interdit de sortir de minuit à 6 heures et propager des rumeurs est passible d’amendes. C’est une ambiance de fin du monde… Les Chinois ont l’habitude de vivre en contact permanent avec l’extérieur: ça fourmille, les quartiers ont une vie sociale très riche, les habitants font de l’exercice dans les rues… Désormais, on s’évite, et seules les caméras de surveillance gardent un œil sur la ville.

Dans ces conditions, on comprend que la vie des affaires soit devenue compliquée, notamment du fait des restrictions réglementaires sur l’usage des lieux publics (dont les bureaux!). Quasiment tous les employés de mon cabinet sont en télé-travail, à l’exception de ceux qui résident à Hong Kong. Devant les immeubles commerciaux, des équipes de sécurité se sont postées pour en interdire l’accès. Les congés du nouvel an ont même été prolongés jusqu’au 9 février sur ordre du gouvernement. Mon entreprise n’est pas trop durement impactée, car nous avons développé des outils de gestion à distance: un système utilisant l’intelligence artificielle qui permet de dématérialiser et simplifier les processus de gestion des sociétés commerciales. Ce système permet à beaucoup de mes clients d’éviter des problèmes de fonctionnement. Les entreprises du secteur industriel, elles, connaissent plus de difficultés. À l’usine, sans employés, sans chauffeurs, etc., il est devenu quasiment impossible de poursuivre une activité normale. Or si l’on se base sur l’expérience du SRAS, cette situation risque de se prolonger plus longtemps que prévu. De nombreux entrepreneurs souhaitent actuellement mettre leurs entreprises en sommeil le temps de la crise ou les restructurer pour anticiper les pertes financières causées par les mesures sanitaires. je n’ai pas, pour ma part, sombré dans la paranoïa. La létalité du virus est faible, on meurt moins du nouveau coronavirus que d’une grippe traditionnelle.

Au quotidien, dans le district de Huangpu à Shanghai, je suis moi-même en télétravail et je garde ma fille de 8 ans, qui va habituellement à l’école française. Devant les résidences, on a posté des gardiens qui ne laissent plus entrer personne. Il faut donc aller chercher ses livraisons de nourriture directement à la porte. Cela conduit à une forte diminution de ces transactions qui ont été le moteur de croissance de la consommation chinoise. Et une fraction de la population ne travaille qu’à faire ce last mile. En revanche, le business des masques de type N95 est sous stéroïdes: les prix ont augmenté de 250% et une grande quantité de faux sont désormais vendus sur le site TaoBao, l’Amazon chinois. J’ai le mien: un modèle équipé d’un filtre FPP3/ABEK (le standard industriel), qui assure une sécurité maximale… et le look Dark Vador !


STÉPHANE GRAND (MBA.97) réside en Chine depuis 1991. En 2003, il a fondé l’entreprise SJ Grand Financial and Tax Advisory, qui soutient les entreprises étrangères en Chine continentale dans la gestion des risques, la comptabilité, la restructuration et autres stratégies de rentabilité. Déjà présent lors de l’épidémie du SRAS il y a dix-sept ans, il n’a pas cédé à la paranoïa ambiante.

Avec un format inédit pour un magazine d’alumni, HEC Stories se donne pour ambition de mettre en lumière une communauté de diplômés diverse et internationale. Véritable porte-voix des HEC qui cherchent à avoir un impact positif sur le monde, ce magazine permet également à tous de conserver facilement un lien avec l’école et ses camarades : soutenez le magazine de votre école, abonnez-vous à partir de 40 euros par an.