Bruno Rohmer (H.64), fondateur du Club médias HEC Alumni et grande figure de l’édition française est décédée
Avec la disparition de Bruno Rohmer, la communauté HEC Alumni perd l’un de ses bâtisseurs historiques. Dirigeant emblématique de la presse et de l’édition françaises, fondateur du Club Médias de l’Association HEC Alumni, il aura marqué durablement son secteur par sa vision stratégique, son élégance naturelle et sa fidélité aux siens.
Un parcours d’exception au cœur des médias français
Né en 1941 dans une grande famille alsacienne, Bruno Rohmer intègre HEC Paris en 1962, après des études au lycée Carnot et une prépa à Sainte-Geneviève. Il appartient à une génération d’HEC qui accompagnera la modernisation économique et culturelle de la France.
Bruno débute sa carrière dans le marketing aux Laboratoires Vichy, où il devient directeur général marketing et commercial. Cette première expérience façonne son approche : comprendre les publics, structurer les marques, penser à long terme.
Très vite, il rejoint l’univers de la presse. Il dirige le magazine Elle avant d’intégrer le Groupe Havas en 1979. Au sein du groupe, il occupe des fonctions majeures à la tête de maisons prestigieuses : Nathan, Larousse, Presses de la Cité et L’Express.
Les années 1980 constituent un tournant pour les médias français : multiplication des titres, essor des chaînes privées, montée en puissance de nouveaux formats. Bruno Rohmer fait partie de ces dirigeants capables d’allier rigueur économique et ambition éditoriale. Il comprend que les médias ne sont pas de simples entreprises mais des acteurs centraux de la vie démocratique et culturelle.
Son autorité repose moins sur l’affichage que sur la compétence. Il dirige sans éclat inutile, mais avec constance et exigence.
Le fondateur du Club Médias HEC Alumni
Au cœur de cette effervescence médiatique, Bruno Rohmer participe à la fondation, aux côtés de Philippe Gavi, Louis de Broissia et Martin Desprez, du Club Médias de l’Association HEC Alumni, aujourd’hui Club Médias & Entertainment.
À une époque où le mot “médias” commence à s’imposer dans le langage courant, l’initiative est pionnière. Il s’agit de rassembler les alumni engagés dans la presse, l’édition, la radio, la télévision et les industries culturelles. Journalistes, éditeurs, producteurs, dirigeants trouvent dans ce cercle un lieu d’échange et de réflexion.
Sous son impulsion, le Club devient plus qu’un réseau professionnel. Il incarne un esprit : ouverture intellectuelle, curiosité culturelle, amitiés durables.
Les voyages organisés dans ce cadre avec Christophe Charpentier et Dominique Auzias restent gravés dans les mémoires. L’un d’eux, en Sicile, se souvient Jérôme Wagner, permit notamment la réouverture exceptionnelle d’un palais ayant servi de décor au film Le Guépard. Ces moments symbolisent la vision de Bruno Rohmer : créer du lien, conjuguer culture et réseau, inscrire les rencontres dans le temps long.
Le Club lui doit beaucoup. Il en fut l’architecte discret mais déterminé.
Convaincre sans imposer
Ceux qui l’ont connu parlent d’un homme droit, fidèle et profondément humain. Bruno Rohmer impressionnait par sa stature, mais séduisait par sa simplicité. Il savait convaincre sans imposer, entraîner sans contraindre.
En 1988, il fonde NAOS, société de conseil en banque d’affaires spécialisée dans la cession d’entreprises et la levée de fonds. Pendant plus de vingt ans, il accompagne des dirigeants dans des moments décisifs de leur trajectoire. Il préside également l’Association européenne des administrateurs indépendants et s’engage au sein de l’Union des éditeurs d’encyclopédies.
Sportif accompli – chasseur, skieur, joueur de tennis de haut niveau malgré les séquelles d’une poliomyélite infantile qu’il évoquait rarement – il faisait preuve d’une endurance et d’une discrétion qui caractérisaient toute sa vie.
Père attentif de trois enfants, il vivait depuis quelques années au Mexique, où il s’est éteint.
Un héritage durable
Avec la disparition de Bruno Rohmer, la communauté HEC Alumni perd un dirigeant d’envergure et un fondateur engagé. Son héritage ne réside pas seulement dans les maisons qu’il a dirigées ou les structures qu’il a créées, mais dans l’esprit qu’il a su transmettre : exigence, loyauté et sens du collectif.
À l’heure où les médias traversent de nouvelles mutations profondes, son parcours rappelle qu’un leadership solide repose sur la vision, la constance et la fidélité.
Published by Rinade Chalach