Transfuge de la Wharton School de Philadelphie, Aline Gatignon, spécialiste des marchés émergents,a rejoint HEC Paris cet été, dans un contexte universitaire américain tendu.

« L’écrin naturel du campus est splendide ! Cet été, j’ai vu un faisan passer devant la fenêtre de mon bureau. » Fraîchement arrivée des États-Unis, Aline Gatignon a déjà pris ses marques. Ses cours, dispensés auprès des étudiants du MBA, du CEMS et du certificat Strategy for Impact, explorent les stratégies socio- politiques dans les pays émergents et les nouvelles formes de collaboration entre acteurs publics et privés. « Ici, les étudiants viennent du monde entier. Ce brassage culturel est une richesse incroyable : chacun a sa propre lecture des enjeux de durabilité et de pouvoir économique », s’enthousiasme la chercheuse.
Née à Philadelphie d’un père français et d’une mère américaine, Aline Gatignon quitte les États-Unis à 10 ans pour s’installer en France. Ses études à Sciences Po la conduisent à passer un an et demi au Chili, où elle découvre la vitalité de l’Amérique latine… et rencontre celui qui deviendra son mari. C’est là que naît sa fascination pour les pays émergents.

« Laboratoires d’économie »

Après un doctorat en stratégie à l’INSEAD, elle s’envole pour Philadelphie, à la Wharton School de l’Université de Pennsylvanie. Elle y enseigne le management pendant dix ans et en profite pour approfondir sa réflexion sur les partenariats entre entreprises, ONG et pouvoirs publics dans les pays émergents. « Ces économies sont de véritables laboratoires : on y voit naître des solutions innovantes, avec parfois très peu de moyens mais beaucoup de créativité. »
L’un de ses travaux les plus emblématiques porte sur Natura, le groupe de cosmétiques brésilien pionnier du développement durable. Avec sa coautrice Laurence Capron de l’INSEAD, elles étudient comment l’entreprise a su créer une chaîne de valeur fondée sur la biodiversité amazonienne, tout en intégrant les communautés locales. « Ils ont réussi à réunir autour de la même table des acteurs qui n’avaient pas l’habitude de dialoguer : des ONG, des représentants du gouvernement, des entreprises, des communautés amazoniennes avec qui ils ont développé une ligne de cosmétiques issue de la biodiversité brésilienne, et ont aidé des femmes parfois peu éduquées à devenir micro-entrepreneuses. » Un modèle qui allie performance économique et justice sociale.

Espoirs et engagement

En juin, elle rejoint HEC Paris comme professeure associée en stratégie et politique d’entreprise. « Je ne comptais pas forcément rentrer en France, mais le climat actuel rendait la proposition d’HEC très attractive », glisse-t-elle. Elle apprécie avant tout les valeurs portées par l’école : engagement sociétal, impact, durabilité. « J’aime la devise d’HEC : “Think, teach, act”. Cela résume parfaitement l’équilibre que je recherche entre réflexion académique, transmission et action concrète. »
Au sein de l’intiative HOPES (HEC Ouvre ses Portes à l’Entrepreneuriat Social), elle collabore avec des chercheurs et des entrepreneurs sociaux sur le programme Stand Up, soutenu par la Fondation Bettencourt-Schueller et déployé par l’Institut Entrepreneuriat et Innovation (IEI). Ce dispositif aide des femmes issues de milieux modestes à lancer leur activité. « Nous travaillons à mesurer l’impact du programme sur leurs trajectoires et à identifier ce qui permet à certaines d’entre elles de franchir les étapes de la croissance entrepreneuriale. »
Dans un contexte mondial polarisé, Aline Gatignon rappelle à quel point il est important que « les universités restent des espaces de dialogue. Les visions différentes doivent apprendre à se parler, même lorsqu’elles s’opposent. »
Elle se souvient d’un atelier de recherche sur l’engagement sociétal, en mai 2024. « Le doyen d’HEC Andrea Masini a ouvert la conférence, et des collègues de l’université de Toronto m’ont dit : “Il a vraiment compris le sujet.” J’ai senti un engagement sincère, au plus haut niveau. »

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