HEC Stories #8 : L’édito de Frédéric Jousset

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Le bonheur est-il dans le pré ?

« Tous à la campagne » semblait être le mot d’ordre du premier confinement et, à bien des égards, les routes de France ressemblèrent en mars à l’exode de juin 1940. « Nous sommes en guerre », avait dit le président.. Sus à la France libre du virus, celle de la campagne embellie par une météo ensoleillée et un parfum de grandes vacances avant l’heure. Nombreux sont nos camarades qui ont fait de cette période un moment familial, créatif, sportif, avec le sentiment d’une parenthèse unique dans une vie. Se jetant dans le télétravail avec l’énergie des nouveaux convertis, ils ont fait la fortune de Zoom, dont la capitalisation boursière de 120 milliards vaut le double de celle d’Orange et Vodafone combinée… Mais le deuxième confinement en Europe, pourtant plus souple, a mis en lumière les limites du télétravail quand la nuit tombe à 5 heures, que la routine s’installe et que l’on en vient à regretter le métro-boulot-dodo. L’application Houseparty, encore anonyme en 2019 et téléchargée 45 millions de fois en 2020, commence à s’essouffler : on préfère fêter son anniversaire autour d’un gâteau qu’en visioconférence. La force des liens avec nos camarades de promotion vient de ce passage fondateur sur le campus, creuset de l’affectio societatisenvers HEC.

Cette longue cohabitation est le secret de la cohésion des alumni par rapport aux universitaires, et l’explication de la vigueur du bénévolat, puisque plus de 1 000 alumni donnent de leurs temps pour le réseau. Il n’en va pas seulement de la convivialité, mais aussi de la créativité : n’oublions pas que les grands progrès de l’humanité se sont tous imaginés au cœur des villes, que l’apparition de la roue et de l’écriture, vers 3500 avant Jésus-Christ, correspond à celle des premières cités sumériennes. C’est de l’échange que naît le progrès technique et social. Espérons donc que l’horloge des affaires se remettra bientôt à tourner, sans pour autant reprendre sa course folle d’interminables réunions, de déplacements professionnels harassants et autres activités chronophages que l’on a appris à faire depuis son canapé. En induisant un équilibre entre le temps de travail à domicile et au bureau plus respectueux des rythmes biologiques, écologiques et sociaux, cette pandémie – aujourd’hui ruineuse – pourrait aider le capitalisme a se décarboner, et les familles à inventer un nouveau partage des rôles. Papa est parti en voyage d’affaires, le titre de la Palme d’or d’Emir Kusturica en 1985, sonne aujourd’hui délicieusement « old-fashioned » : à l’heure du Covid et du congé paternité, il reste à la maison. Bonnes fêtes à tous !

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