HEC Stories #6 : L’édito de Frédéric Jousset

0

#blacklivesmatter

Comme tout le monde, j’ai été horrifié des images insoutenables de la mise à mort, en direct, de George Floyd. Cette scène d’une rare violence appelle deux constats. Le premier, c’est que ces faits se sont produits le même jour où Elon Musk et la Nasa envoyaient une fusée récupérable avec deux astronautes à son bord vers l’ISS. L’Amérique est comme la langue d’Esope, capable du meilleur et du pire, de violences policières raciales, de Guantánamo, de la peine de mort infligée en présence des familles de victimes, barbarie d’un autre temps, mais aussi d’être une terre d’asile et de rêve pour les talents du monde entier.

Rappelons qu’Elon Musk est sud-africain d’origine, et que Sundar Pichai et Sadya Natella, respectivement CEO de Google et de Microsoft, sont nés en Inde. Nombreux sont ceux qui en Europe fustigent la xénophobie et le racisme américains, mais ce pays a élu un président noir, a nommé à la tête de ses armées un général noir. À part Gaston Monnerville dans les années 1950, député de Cayenne devenu président du Sénat, on ne trouve aucune figure politique, militaire ou même entrepreneuriale de premier plan qui ne soit « caucasien » dans le pays des droits de l’homme. « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits », déclare notre Constitution. Force est de constater que la réalité est différente. Le sport et le show-biz restent les seules voies royales vers la réussite pour les communautés d’origine africaine. Le racisme est fait de ces actes scandaleux, mais aussi de ces plafonds de verre invisibles, de ces discriminations du quotidien. Et, sur ce plan, l’Europe n’a aucune leçon à donner à l’Amérique.

Deuxième constat. Les réseaux sociaux se sont couverts de fonds de couleur noire pour exprimer leur solidarité avec George Floyd, dans la même vague d’indignation que la photo « Je suis Charlie » après les attentats de 2015, ou que les messages de #MeToo après l’affaire Weinstein. Le mouvement #MeToo a mis au grand jour de nombreuses dérives, abus ou injustices dont les femmes étaient victimes. #BlackLivesMatter connaîtra-t-il le même retentissement, propre à entraîner une prise de conscience et des actions concrètes ? Saurons-nous dépasser notre émotion du moment, et traduire l’indignation en actes pour changer collectivement la place des « coloured people » dans les sociétés occidentales ? Plus que par de simples posts, c’est par de réels changements dans nos façons de penser et d’agir que nous pourrons accroître la diversité raciale au sein des entreprises, associations, communautés et à HEC, notamment grâce à la Fondation. Alors seulement, la mort tragique de George Floyd aura eu un sens.

Lire aussi : HEC Stories #5 – L’édito de Frédéric Jousset