HEC Stories #5 : L’édito de Frédéric Jousset

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Sexe, mensonges et vidéo

Le titre de ce film américain, qui fut une révélation de l’année 1989, sonne résolument contemporain, trente ans après. En vérité, il y a au moins un siècle d’écart entre cette époque et la nôtre, peut-être même un millénaire. L’affaire Griveaux a frappé les esprits mais de fait, qu’il s’agisse de politique, de sport, de business, de culture ou de religion, pas un univers n’échappe à cette lame de fond : l’instauration d’un nouveau rapport au sexe. Et tous les scandales du même genre ont un point en commun : la prééminence du tribunal médiatique sur la loi. C’est « J’accuse ! ».

L’histoire récente du CEO de McDonald’s est particulièrement représentative, puisque dans ce cas précis il n’y a eu ni plainte ni harcèlement, juste une relation consentie avec une collaboratrice… Mais c’est le conseil qui a provoqué la démission d’un patron dont les résultats étaient excellents, au motif du devoir d’exemplarité qui ne saurait tolérer des relations intimes dans une même entreprise à partir du moment où existe une relation hiérarchique. Rappelons le décès à l’Élysée dans les bras de sa maîtresse du président de la République Félix Faure le 16 février 1899, qui inspira à Clemenceau ce mot mythique : « Il se voulut César, il ne fut que Pompée. » Ou plus récemment, les affaires du camion de lait ou de Mazarine…

À quelque niveau que ce soit, ce qui était toléré ne l’est plus. Il ne s’agit nullement de dire ici si ce phénomène est un bien ou un mal, encore moins de regretter un temps où les espaces privé et public étaient séparés, et où la justice pouvait faire son travail en silence : on ne reviendra pas en arrière. Mais si, en entreprise, la loi a fort heureusement beaucoup progressé pour définir et sanctionner les conduites inappropriées ou le harcèlement, elle bute sur une réalité : les « sociétés anonymes » sont avant tout des sociétés humaines, où arrivent des hommes et des femmes dans la fleur de l’âge. Pour y réussir il faut faire preuve de travail et de talent, mais aussi de séduction. Savoir vendre des idées ou des produits, en interne ou à l’extérieur, c’est aussi savoir « se vendre ».

Pour beaucoup, c’est aussi un nouveau réseau social qui s’ouvre, et la vie de bureau ne s’arrête pas toujours à 18 h. Or, ce torrent d’énergie, de jeunesse et d’ambition se déverse dans des organisations encore très majoritairement dirigées par des hommes. Nul ne peut nier que le pouvoir crée une relation asymétrique, propice à la séduction car il fascine, mais aussi à l’abus par les moyens de coercition qu’il donne. Deux conclusions à tirer : premièrement, la nécessité de renforcer la parité et la diversité managériales dans les équipes, meilleurs remparts que la loi. Deuxièmement, sensibiliser nos jeunes camarades dès le campus aux règles de droit comme aux risques liés à tout comportement inapproprié et les sanctionner en cas d’inobservation. La blague sexiste ou raciste potache, la fin de soirée trop arrosée qui dérape, l’écrit pamphlétaire un peu limite ne doivent plus être tolérés chez des élèves qui aspirent à être des leaders du monde de demain.

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