HEC Stories #4 : L’édito de Frédéric Jousset

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hec.org ou hec.com ?

« Créer une pépinière de jeunes hommes préparés à la direction des grandes affaires par une haute culture », telle était la mission assignée à HEC par la chambre de commerce et d’industrie en 1881. Cette ambition, qui paraît aujourd’hui un peu désuète, se révélait néanmoins innovante : rappelons que dans un capitalisme majoritairement familial, il s’agit de la première tentative de former des managers professionnels de haut niveau, recrutés sur concours et non par cooptation. HEC n’a depuis, et fort heureusement, cessé d’aller plus loin dans l’ouverture aux femmes, aux boursiers qui représentent déjà 18 % des effectifs de la Grande École, et enfin à l’international.

Pour autant, ses liens avec la CCIP ont peu évolué, et la chambre continue de détenir près de 90 % du capital de l’école. La contrepartie était qu’en plus de sa tutelle bienveillante, la chambre apportait chaque année 30 millions d’euros à l’école pour équilibrer son fonctionnement. Cette subvention, en baisse constante depuis trois ans, sera bientôt réduite à zéro. Et en parallèle, la CCIP a émis le projet de fusionner ses 19 écoles dans une holding dont le capital serait ouvert à des investisseurs extérieurs, fonds ou family offices, français ou étrangers. Cette privatisation rampante de l’école signerait son déclassement immédiat et irréversible. Toutes les universités américaines ou anglaises avec lesquelles HEC se compare et se confronte sont « non-profit ».

L’enseignement d’excellence est par nature déficitaire, car les étudiants, sauf à ne sélectionner que les plus riches d’entre eux, ne peuvent payer les frais d’une scolarité de haut niveau. D’où le rôle clef de la fondation, qui versera 9 millions d’euros à l’École cette année, et dont l’État pourrait remettre en question l’avantage fiscal dans le schéma d’une privatisation partielle. Comment justifier qu’il investisse dans des classes préparatoires publiques pour former des élèves qui rejoindraient un groupe privé ? Comment s’allier avec Polytechnique et ses écoles, toutes publiques ? Comment les professeurs, vent debout contre ce projet, pourraient être libres de faire des cas sur des entreprises potentiellement actionnaires de l’École ? Toutes ces questions sans réponses montrent que ce projet doit faire l’objet d’une opposition résolue, mais aussi d’un soutien sans faille à la campagne de levée de fonds lancé par la fondation, pour donner à l’École les moyens de ses ambitions mondiales, tout en préservant son accessibilité à tous. Toujours dans cet esprit de conquête, une étape importante démarre début 2020 avec le lancement du fonds HEC Ventures, sur le modèle des « endowment funds » des facultés américaines.

Un fonds de 30 millions d’euros levé auprès des Alumni et des corporate pour investir dans les start-up cofondées par un(e) HEC. Du smart et du love money ! La moitié du carried interest de l’équipe de gestion d’Idinvest sera reversé contractuellement à la fondation, et les entrepreneurs soutenus par le fonds s’engagent à devenir donateurs lors de leur sortie. Un fonds rentable pour ses investisseurs, responsable dans ses choix, et favorisant l’émergence des futures pépites dont l’environnement a besoin… What else ?!Voilà l’une des nombreuses initiatives que l’association portera en 2020. Je vous souhaite une très belle année !

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