HEC Stories #2 : L’édito de Frédéric Jousset

1

HEC for Good

« Tech for good » était l’accroche du salon VivaTech inauguré par Emmanuel Macron en mai dernier à Paris. « Don’t be evil »; clame Google de son côté, une des rares entreprises dont la valorisation a dépassé les 1 000 milliards de dollars. Il y a manifestement une attente de vertu de la part des grandes entreprises. D’autant plus grande que leur puissance augmente de façon exponentielle grâce aux nouvelles technologies. Mal exploitées en effet, l’intelligence artificielle; les manipulations génétiques; la surveillance permanente des citoyens; pourront produire dans des mains peu scrupuleuses des résultats effrayants, dignes de la série de fiction Black Mirror.

Les entrepreneurs chinois se montreront-ils aussi concernés par le bien commun que Bill Gates ? « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme », alertait déjà François Rabelais au XVIe siècle. Dans cette nouvelle ère, loin des années Tapie, l’argent n’est plus le seul critère de la réussite ; la preuve en est donnée par la lycéenne suédoise Greta Thunberg, invitée d’honneur à Davos à 16 ans, la montée en puissance du label B Corp que nous évoquons dans notre dossier, la multiplication des fonds d’investissement éthiques, ou à l’inverse la chute de Carlos Ghosn, dirigeant qui semblait indéboulonnable comme Weinstein pouvait l’être à Hollywood.

Comme souvent en France, une loi vient dicter leur comportement aux entreprises, avec la fameuse loi Pacte qui veut les contraindre à considérer l’intérêt général dans leur objet social. Or, l’entreprise est apatride et comme la langue d’Ésope, peut être la meilleure ou la pire des choses : l’industrie chimique, par exemple, a inventé les engrais grâce auxquels on peut aujourd’hui nourrir 7 milliards d’habitants, mais a aussi provoqué des catastrophes – comme celle de Bhopal, qui a fait 2 500 victimes en Inde – ou a permis la production de gaz mortels utilisés dans les conflits depuis la Seconde Guerre mondiale.

Plus que les lois, toujours contournables à l’heure de la mondialisation, c’est la morale des dirigeants et le contrôle rigoureux des actionnaires qui est le meilleur garant de l’impact sociétal. HEC a dans ce domaine un rôle majeur à jouer, pour éveiller les consciences des managers de demain à un capitalisme durable, respectueux de l’écologie et d’un juste partage des richesses. Grâce à notre camarade Hubert Joly, HEC va prendre l’initiative avec une chaire de recherche sur le « purposeful leadership » et peut-être inspirer les autres grandes écoles et universités sur l’intérêt de sensibiliser les futurs cadres de la mondialisation, comme hier on donnait des cours de civisme aux jeunes Français.

Espérons que l’exemple de notre camarade déclenche aussi une mobilisation générale des alumni pour participer à la 2e campagne de la Fondation, magnifiquement lancée lors de la soirée de Gala le 20 juin dernier, et qui vise cette fois une levée de 200 millions d’euros ! L’excellence académique de HEC n’a pas de prix, mais elle a un coût. Le financement de l’égalité des chances aussi, avec un objectif affiché de porter le pourcentage d’élèves boursiers à 25 % à moyen terme. Puisque l’on parle de responsabilité sociale, HEC doit montrer l’exemple et tendre la main à ceux qui sont éloignés, socialement et financièrement, de l’univers des grandes écoles. Il y a quelques années – ou bien longtemps – faire HEC était notre rêve, permettons à d’autres de réaliser le leur. Bel été !

Lire aussi : HEC Stories #1 – L’édito de Frédéric Jousset