HEC Stories #1 : l’édito d’Arthur Haimovici

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« Nous sommes à court de temps, vous êtes à court d’excuses »

Du haut de ses 16 ans, Greta Thunberg n’y est pas allée de main morte face aux délégués internationaux réunis pour la COP24 de Katowice. L’égérie des jeunes dans la lutte pour le climat ne fait pas dans l’optimisme ni dans la demi-mesure. Elle accuse les dirigeants d’aujourd’hui, frontalement. Pendant ce temps, les étudiants des grandes écoles eux aussi accusent, mais sur un autre ton. Plus pondéré, plus raisonnable, c’est avec de grandes précautions que leur Manifeste étudiant pour un réveil écologique formule la menace de boycotter les entreprises qui contribuent à bousiller leur avenir.

Or, entre des enfants qui crient sans pouvoir rien faire et des dirigeants englués dans un mode de pensée délétère, ils constituent peut-être un entre-deux décisif : la charnière qui pourrait ouvrir la porte à un monde plus durable et plus juste. Comparés aux lycéens qui manifestent ou aux gilets jaunes qui cassent des magasins, ils ne font certes pas beaucoup de bruit. Mais pour être plus calme, moins riche en lyrisme révolutionnaire, leur action n’en est pas moins difficile et ambitieuse. Mettons-nous à la place des quelque 500 étudiants d’HEC signataires de cette promesse, aux moments où ils devront, tout seuls, sans autre appui que leur conscience, dire non.

Non à un super job incompatible avec leurs principes; à un supérieur hiérarchique qui insiste pour commettre telle ou telle infraction écologique sur laquelle chacun ferme habituellement les yeux; non au confort matériel dont jouissaient leurs parents. Toutes ces premières décisions, qu’ils vont prendre en tant que dirigeants en devenir, constitueront le grand oral de la jeune élite du monde et de son éthique. Pour cette génération qu’on dit individualiste, sans idéaux, pour ces millennials drogués aux jeux vidéo et aux réseaux sociaux, ce sera aussi l’occasion de montrer à leurs aînés ce qu’ils ont vraiment dans le ventre.