Accueil Boutique Magazine Numérique HEC Stories n°4 – Hiver 2019 (version numérique)

HEC Stories n°4 – Hiver 2019 (version numérique)

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Cosmos, Inc.

Si vous avez déjà joué à Civilization, le mythique jeu vidéo de Sid Meier, vous savez que la conquête spatiale constitue le stade ultime du progrès humain. Une fois ce plafond technologique atteint, l’arbre des connaissances cesse de se ramifier, la quête de l’espèce s’achève – et la partie est gagnée. Or aujourd’hui, cet enjeu immense est de plus en plus aux mains de compagnies privées, animées, évidemment, par des logiques commerciales. Que viennent-elles faire au milieu des étoiles ? Rappelons-nous l’absurde canette de soda gonflable que Pepsi avait fait déployer depuis la station Mir en 1996. Ou, plus récemment, le coupé de sport que le fondateur de Tesla a lancé hors de l’atmosphère et dont la carcasse dérive encore dans l’espace. Sommes-nous condamnés à voir des intérêts privés polluer le ciel avec du tourisme cosmique, de l’exploitation de minerai extraterrestre et des constellations publicitaires ? En réalité, la question ne se pose pas en ces termes. D’abord parce que, comme l’expliquent deux diplômés d’HEC en page 56, les États restent largement maîtres d’un jeu spatial dont ils demeurent les principaux financeurs. Ensuite et surtout, parce que ce n’est pas un business ordinaire que ce « New Space » : il suffit d’écouter ses deux figures de proue, Elon Musk et Jeff Bezos, pour s’en convaincre. L’un clame haut et fort son intention de faire de l’humanité la première espèce multiplanétaire en démarrant la colonisation de la planète Mars dès 2024, à l’aide de sa BFR (Big Fucking Rocket), bientôt produite en série, et qui pourra emporter jusqu’à 100 tonnes de matériel et d’équipage. L’autre prépare les infrastructures qui permettront aux générations futures de se fabriquer d’immenses stations orbitales, lesquelles abriteront un jour des villes entières et tout un écosystème inspiré de la planète bleue. Difficile ne pas être enthousiasmé par les images de synthèse affichées sur les sites de SpaceX et Blue Origin, et il y a quelque chose de fascinant à se dire qu’un jour, par la seule volonté de ces quasi-démiurges, tout ceci pourrait devenir réel : des villes martiennes qui s’étendent tentaculairement au milieu de la poussière rouge, des paysages champêtres sous cloche au milieu de l’espace. Elon Musk comme Jeff Bezos font un pied de nez à ce triste avenir de sobriété auquel semblent nous contraindre la finitude des ressources terrestres et la fragilité de notre climat. Portés par la détermination et l’optimisme qui ont si bien réussi à leurs affaires, ils pensent avoir les moyens d’ouvrir la voie à une croissance infinie. Un esprit chagrin pourrait pourtant y voir de pures chimères – des chimères capables de nuire à la préservation de notre planète en danger, en nous faisant miroiter un illusoire avenir extraterrestre. Et puis surtout il pourrait poser cette question : est-ce bien à deux milliardaires fantasques de prendre en charge l’avenir de l’espèce humaine ?